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Premier sonnet du matin
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(Une série de 7 poèmes)
J’attends le matin de la vérité de l’Homme
Le ciel bleu-gris avec un vent-coussinet
J’ouvre mes yeux et je bois le ciel, goutte par
goutte
Le goût transparent des rayons caramel me tire
de mon angoisse
Nocturne est mon sourire, taché de rouge comme
une brebis morte
Le bélier mort est quant à lui porté par des
bras secs, tièdes,
Un aplati de gris sombre me rend crispé
Je plante le regard dans le gouffre du monstre
qui danse sur la plage du court souvenir
Mon cœur est encore haletant
Je flotte au dessus de moi-même
Les traits de ma mère, si rassurants, me
prodiguent l’instant du réveil
Cette vision du passé me rend inséparable de
mon centre, elle joue le point d’orgue clair du matin
Plus tard dans le souvenir …
La pièce est jouée sur un balcon. L’Afrique est
non loin d’ici !
Mon amour se baigne dans les eaux bleu-clair
J’entends un sifflement, puis les vagues,
Entre deux crêtes un gris sale et la joie du
blanc (pianoté)
Le réveil prend plus de place
Es-tu levé petit ? Es-tu levé mon ami ?
Je lève les yeux maman, mais où est-il,
l’horizon ?
Mais il est là !
Je ne le vois pas clairement. Il était moins
rond hier.
Je tire un trait et le voilà !
La vague monte et emporte tout.
Je gémis car mon souffle perce ma poitrine.
Qui est-ce qui a enfermé la porte à clef?
Pourquoi attend-on toujours le matin ?
Le vent n’apporte qu’un sifflement, plus aigu
cette fois-ci
Je suis épuisé, mais l’orgueil me barre
Il est si vulgaire et insensé !
Je trouve le bon point qui a embaumé la soirée
d’hier
Il se raccrochait à un sourire,
C’était une tache de naissance
On aurait dit une guêpe qui frappe à la porte
avec ses bras géants et bourdonnant
Il n’y a pas maux, il n’y a pas de mal ou de
malades
Nous sommes les seuls, les éternels du regard
Je te retrouve papa,
Je suis un nabi, un oiseau coloré
Maman nous a fait un dessert rouge et des
sardines. Je suis triste
Je suis blême.
Tu es infâme comme un sifflement.
Le pas ralentit, je ne troque pas mon ombre
Les clairières se font distantes. Je me suis
distraitement habillé et je fais face au vent froid.
Le moment clé du réveil …
Les choses ne portent plus d’ombres
On est enfin libre
Les serpents ceinturent les dalles
Je tiens un bâton, comme un jeune Pharaon
L’orage est sec, sans bruit, il fait juste
trembler les oiseaux et les eaux claires
Ni les pierres ni les cimes des pins ne le
sentent plus, il ne leur fait plus peur
L’orage a sacrifié le feu et son vieux bruit
Est-ce que l’on est encore capable de
tristesse ?
Les tambours sonnent la réponse
Nous sommes allés si loin dans notre blanc
Un caillé nous tombe du ciel
Les hommes courent, les femmes hurlent et la
terre raidit
Quelqu’un sort de l’ombre, un soupir et un
rayon
Je t’aime, terre, et je creuse dans ta lumière
dit la voix qui sort de l’ombre
Père as-tu oublié le sourire et le regard ?
Je me penche sur l’eau, c’est la seule beauté
possible,
Je te bénis et t’en fais cadeau.
La voix disparut aussitôt et tout revint comme
avant dans le jardin
Je marche sur la pointe des pieds
Je bois vite, à grandes gorgées,
C’est si frais et pourtant si doux !
Je rentre vite à la maison, le vent des
cavernes rôde partout
Je pique un œillet et danse nu dans le ciel
blanc.
Je ne souffre plus, mon regard, je te chante et
t’en fais cadeau
Son et eau sont tout ce qui me reste.
Munich, le 03 mai 2007
Khalil Ibrahim
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