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Troisième sonnet du matin
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(Une série de 7 poèmes)
Je me lève dans la partie grise de la chambre
En raccourci un nombre de mondes rouge écarlate et vert tonitruant,
jardin public et feuilles criardes du soleil vert malade
J'entre dans l'ordre implacable des angles flottants
et de la justesse sournoise
Un rectangle a trois côtés
il se dresse devant un prieur
De la fenêtre surgit un bleu arabe, tendre et pieux
Cette odeur jaune me revient
Un homme et une vierge dessinent une lune sur le sable
devant
une mer épaisse de son bleu sombre
et derrière eux
la fièvre bouillonnante et sonore
des fruits tropicaux rouge poivre
L'oeil sera éternel crie la voix de la haute tour
La lumière, bleu pur et clair
la mort et la vie s'y retrouvent
Ton regard vertical embaume cette danse empoisonnée
Crucifié dans la mer sans ondes
Ton hymne t'attend dans la foi du sable
et dans les reflets des arbres sombres et gelés
Le blanc sans couleur flotte sur la vitre
Il caresse le regard
Un vert de chair surgit et se multiplie, fixe et calme
Il enferme le cri sourd de la peau blanche
Le froid violent, pulpeux, joyeux et insouciant de cette matinée
heurte les veines bleu cendres
et la longue attente des vies longues et calcinées des rochers jaune
ciment
J'ai passé le matin a ramper
Je cherche un bonheur
Ta voix est enrouée
Les cailloux ont gratté mon sang,
mon rêve est arrêté
Les plumes vertes se sont envolées encore une fois
La voix de la mer s'est encore levée contre le retour du sable dans
l'eau
Le garçon vide toujours ses cailloux dans la vague
il arrose l'arbre de son père,
des mains et une montagne protègent son rêve
J'erre dans la terre,
nul ne croise mon regard
L'eau est calme,
...c'est la seule beauté possible,
J'ouvre mes bras,
le sable la recouvre, l'eau se déplie sous des soupirs,
en ruisselant comme des cheveux antiques
Une toux impatiente réveille l'airain de l'aube
Des tentacules couvrent le ciel
Je sens des serpents,
ceux du sous-bois,
bouger sous la chaleur de son rouge nourrissant
Je referme les yeux
Les cloches du midi sonnent dans les chaleurs vertes du bois
ensoleillé
un rose tendre se lève parmi les odeurs du thym sauvage
Je referme les yeux
Je la sens encore sur mes dents, avec ma langue
La couleur du bois court comme une lueur sur une eau noire
comme une lame elle tranche,
comme la peau du serpent, elle se détache de la lumière et se
décompose,
comme une pellicule, elle s'amoncelle et me quitte
Le retard rose des aurores monte au plafond
Jeune et juvénile, je vois son visage égyptien sortir de la musique
Elle plantera des palmes et des hennés sur les murs,
son lait dense tachera les tissus secs, les tachera et les tachera encore
Ma reine se dirige vers moi à travers les rangées de fumée et les
étangs de sucre
Je suis l'ombre de son nuage
Je cours par la terre et me blottis dans le soleil des angles
flottants
Le chant de tes arbres monte vers le ciel
Dieu des cieux et des eaux je cherche ton visage rayonnant
Munich le 24 mai 2007
Khalil Ibrahim
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