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Quatrième sonnet du matin
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(Une série de 7 poèmes)
Chante ma belle,
chante douce voix,
Un ton vert clair se déteint de ta robe sur
l’atmosphère humide
Comme un papier le ciel se tache
Le teint est crémeux
Comme un peigne qui se rabat sur une poitrine,
sur une respiration profonde et opprimée
Des cillements,
cerises rouges et cerises noires,
un petit picotement incolore surgit
Sans pression le jus tache le gros livre
Un cailloux s’enfonce dans l’eau avec un son
amorti
Les lettres se détachent avec des bouts du
papier
Ton petit oreille entre dans le paysage,
jauni par le bourdonnement de la soie du
papillon
et ses reflets vieux cuir
Le papier se déchire
Tes doigts creusent dans les paliers sourds du
tapis feutre lie-de-vin,
Sur sa toile une grosse araignée,
Un macchabé accueille un roi
Des milliers de lances, des plaies ruisselantes
Tu me quittes du regard et rentres par la Porte
des lions
Ces soupirs, tes chemins de lumière se lèvent
comme un vent mûr
Il est temps pour partir
Les voilent se lèvent
L’homme compte à nouveau ses paires de têtes
Tes crêtes blanches et tes petites vagues,
le frottement soyeux et l’éclatement blanc
sur le bleu gris
Tu trembles et tu te remues avec ces sons qui
ravagent le temps
qui se blottit et s’écroule,
comme un escalier parcouru des petits pas
Je trésaille, il est déjà calme le tambourin
Je récolte des taches de rousseurs et des lunes
Je les retrouve parsemés, toi, étendue, un
poisson à côté
Ta voix qui chante monte comme une vague d’eau
douce,
ta brume, mon vagabond souvenir de toi
et un vague goût de terre d’orge l’embellissent
davantage
Perché plus haut encore, je vois tes cils
caresser l’éther gris,
les cailloux
et des noix roux
Des pleureurs ruisselants se mêlent à tes
cheveux
Derrière, une pénombre de lignes de lin
Devant ce papillon sauvage sur gravure blanche,
La chaleur d’Asie, comme une bouche humide,
et ce jaune, un privé, me reprend le goût du
sommeil malade
Fièvre du jour, bombardé de sable jaunâtre,
je sème le bord de ton eau de tout petits pas
Jusqu’aux talons, une mer ocre clair les avale
aussitôt
Mes mains et l’eau se remplissent, le sable se
retranche
Eau vague soupir
Eau blanche parfumée
Des pieds enjoués réapparaissent,
Enchantées par le jeu des petits nains sur la
plage
les têtes d’une autre crête…
Un leurre !
Entre sable et nuages les oiseaux partent et
reviennent
L’heure du midi, des bergers, des cloches
sèches et insonores, des moutons rouges
Et des taches blanches et noires
Ce matin dure depuis ton baptême, petite sœur,
depuis ce cri sec
et les serviettes blanc crémeux, mouillées de
souvenirs,
Ce tracas de parfums étouffants
La main remplie de sable reconnaît la plaie de
l’eau sur ton ventre
Je retiens ma toux
Je ne sais où aller, par quel chemin ?
Mon bonheur est arrêté
Devant ces livres ouverts sur le toit,
parcourus par le vent,
je me dresse et mon fils, puis à genoux, les
bras lancés vers le ciel
les doigts pliés vers les paume des mains
L’Homme porte le tableau des mots sur le dos
Le corps sans sueur, gris et sec comme un
marteau
La main tendre de l’ange lui retire son
bracelet
Le mot est la seule beauté possible
Je me cramponne encore autour de ton grain de
seigle
Niche d’aigle,
de ton sourire remontent tous mes souvenirs
Je pioche mon jeu,
Mais où aller ? l’Homme seul porte son livre
Le pain est tranché
Je me tus ce matin
Je me couche parmi ces danseuses rouges
Il est temps pour une première prière, un
premier sacrifice,
je me baigne dans une eau très sombre
Je perçois le pain et les poissons
Ils se multiplièrent,
Toutes et tous dansèrent dans les profondeurs
illuminées
Jusqu’où monte la montagne ?
Je vis le Dragon, ma mère regardais, veillant
de loin,
il fut battu
Je cherche un bonheur
L’après-midi était d’un bleu de mur blanc
sans soleil,
la souche d’un mot
pas de lumière
sa bouche fermée
un cri
la terre brûle, elle chante.
Munich le 29 mai 2007
Khalil Ibrahim
Tous droits
réservés Khalil Ibrahim
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