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10/10/06 |
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Mes premiers dessins En ce qui concerne l’exécution de ces premiers dessins dont je parlais la dernière fois, cela consistait principalement à créer contours, ombres et lumières. La notion de ligne ou encore de forme m'était encore complètement étrangère à cette période-là. Je faisais ce travail soit avec une mine de plomb (une mine dure au début, méthode à laquelle je suis revenu beaucoup plus tard), soit avec le fusain. Quant à la technique, celle-ci consistait à modeler les valeurs à l’aide de la paume et des doigts de mes deux mains. Cela s'appelait d'un nouveau mot que j'ai appris dans ce manuel: l'estompage. L'estompage consistait donc à y mettre ma peau, et cet usage de mon propre corps comme outil de dessin me procurait un plaisir presque intenable. Déjà, dès ce temps-là, rendre la ronde bosse avec des hachures ne me satisfaisait guère. Il me semblait que ces lignes solides que mon mine de plomb livrait dans la page vierge devaient avoir leur propre vie, indépendamment de la forme qu’ils étaient supposés épouser et modeler. Je n’aimais pas les contours parce qu’en suivant à l'aveuglette la réalité extérieure de la forme, comme on me le proposait, le résultat final n’était pas du tout une forme, mais plutôt une perte totale de l’énergie que me livrait le déploiement de la vraie forme dans l’espace ou sur le plan bidimensionnel de l'image que je copiais (ce dont il s’agissait exclusivement au début). Et que de remords et d’angoisse à cause de ce contour qui m’échappait et qui se dissolvait complètement dans l’atmosphère aérienne des gris de ma paume ou des tons plus foncé creusés dans la feuille par la chair morte de mon annulaire ou de mon auriculaire! Ainsi, lors du redouté et tant attendu examen d’entrée à l'université, pris dans cette gestualité du dessin, j’ai tellement exalté les valeurs et nuances du plâtre que j’ai complètement perdu les proportions. J’avais là une harmonie et non une composition et surtout pas un dessin académique et cela ne manqua pas de me donner la sensation de quelqu’un qui rate son avion ou qui prend le mauvais train et se rend à l’autre bout de la ville plutôt qu’à l’aéroport. Pour ce qui me concerne, je pensais que mon avion était déjà parti. Pris dans l’angoisse, et pour se rattraper, j’essaie de changer de feuille et de tout reprendre, mais on ne me l’accorde pas. De toute façon, j’aurais manqué de temps. Je me souviens encore de cette ondulante brûlure dans l’âme, alors que je m’avançais pour laisser mon dessin aux bons soins du surveillant. J’étais abattu et dans ma tête se dressaient déjà certains visages moqueurs. J’avais refusé de me présenter à une autre école et ma mère, qui était découragée de mon choix, a tout fait pour me convaincre d’aller plutôt en décoration. Maintenant, j’ai raté mon coup et je vais devenir la risée de tout le monde, pensais-je. Eh bien, à ma surprise, je réussis mon examen d’entrée, et même, coup de théâtre, je suis même arrivé premier!
Québec le 31 août 2005
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La dernière mise à jour de ce site date du 10/09/06